La Vielle
           
La vielle est un instrument complexe dont le principe de fonctionnement présente une certaine analogie avec le violon.
C'est un instrument à cordes frottées et à clavier, dont la caisse de résonance peut être plate (en forme de guitare) ou le plus souvent bombée (en forme de luth).
Le chevillier accolé à cette caisse est sculpté en forme de tête humaine. Une boite à clavier portant deux rangées de touches se trouve au centre de la table qui présente souvent des décorations peintes ou incrustées.
La boîte à clavier renferme les sautereaux (actionnés par les touches) qui agissent sur les deux cordes mélodiques.
Une roue en bois dur est logée dans une fente pratiquée dans la table: elle est recouverte d'un couvre-roue amovible. Montée sur un axe, la roue est mise en action par une manivelle fixée à l'extrémité de l'instrument opposée au chevillier.
Les deux cordes mélodiques sont appelées chanterelles. Les deux bourdons, placés du côté extérieur de la caisse, tendus par des chevalets constituent la basse continue.
Deux autres cordes, mouche et trompette (ou coup de poignet) sont placées à l'opposé des bourdons du côté intérieur de la caisse.
Enfin quatre cordes sympathiques sont placées parallèlement et à plat sur le bord extérieur de la table.
La particularité de la vielle à roue consiste en la présence d'un petit chevalet mobile appelé «chien» qui prend appui dans l'axe évidé du chevalet supportant la mouche et qui vibre quand la corde trompette est mise en vibration brusque pour l'exécution du coup de poignet par la main qui actionne la manivelle.
Un peu d'histoire
           
Résumer l'histoire de la vielle en quelques lignes est quasiment impossible, tant son évolution, sur le plan de la lutherie comme sur le plan social, a été grande.
Néanmoins, voici quelques points importants qui ont marqué la vie de cet instrument.
L'Organistrum, ancêtre de la vielle, était un instrument joué par deux personnes: l'une tournait la roue, l'autre poussait ou tirait les touches.
On trouve des représentations de cet instrument datant du XII ème siècle en Espagne et dans le Nord de l'Europe.
Si le principe de fonctionnement est à peu près resté le même depuis son origine, la vielle a subi quelques modifications avec le temps.
A partir du XIII ème siècle, l'instrument devient plus court et sa manipulation ne nécessite plus qu'une personne.
Au début de ce siècle, sous le nom de Symphonia, cet instrument sert surtout à l'interprétation de musique que l'on qualifie de savantes.
Mais, vite détrônée par l'orgue qui accompagne de plus en plus les chants religieux, la Symphonie devient profane du fait de l'extension de son répertoire, souvent dansé. Dé laissé par la musique savante, l'instrument se popularise: trouvères et troubadours le font entendre à la cour.
L'engouement est tel que de grands seigneurs deviennent d'excellents ménestrels. Puis les bandits et mendiants la récupérèrent à la fin du XIII ème siècle. Cet instrument s'appelle alors la Chifonie (déformation de Symphonie).
           
Au XIVème siècle le chien fait son apparition et est utilisé uniquement pour les danses dans les campagnes. Le nombre de cordes augmente pour passer à 5 voir à 6 (deux cordes mélodiques, un corde rythmique, deux à trois bourdons). Quand à la tessiture, elle évolue petit à petit d'un octave diatonique vers deux chromatiques complets. Ainsi ce siécle a été une véritable période charnière pour la chiffonie. On la trouve aussi bien dans les églises, à la cour des rois que chez des bandits, et jusqu'au XIX ème siècle elle subira une oscillation entre ces différents milieux.
Quinzième, seizième,dix-septième siècles relèguent la vielle dans l'oubli. Les accords ne seront codifiés qu'au XVIII ème siècle. C'est d'ailleurs à cette é,poque que l'on peut véritablement parler de vielle à roue.
Les premières méthodes apparaissent ainsi que la notion de «coup de poignets». De nombreuses sonates pour vielles, violons et basses sont composées par Chedeville, Corette... ont cite mêmes les noms de Mozart et de Vivaldi.
La noblesse - dont la qualité de jeu importait moins que l'effet de mode - s'approprie véritablement la vielle à roue, laquelle avait été maintenue jusque là par une classe sociale largement méprisée de ces derniers.
En 1720 la vielle qui était à fond plat est transformée par un luthier versaillais, Charles Baton, qui se sert de corps de luths encombrant sa boutique pour en faire des vielles.
Il sculpte des têtes qui orneront le chevillier, il décore l'instrument, il l'incruste d'ivoire. Facture plus rigoureuse, meilleur choix des bois, amélioration qualitative et artistique donnent à la vielle à roue un essor considé,rable. Mais les progrés faits en lutherie pour le violon réduiront ce succès. La révolution française achèvera ce travail par la destruction de nombreuses vielles considérées comme instrument bourgeois et noble.
Le XIX ème siècle verra sa renaissance progressive dans nos campagnes.
De nombreux luthiers parisiens ont fui la capitale pour venir se réfugier notamment en Berry et en Bourbonnais; ce sera l'âge d'or de la vielle à roue en France. Aujourd'hui la vielle est présente dans de nombreux groupes folkloriques, groupes de musique ancienne et traditionnelle.
Déscriptif de la vielle à roue
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